Baden-Baden: départ des derniers militaires français

BADEN-BADEN (Allemagne), 17 décembre 1999 (AFP) - Les derniers militaires français stationnés à Baden-Baden ont quitté les lieux vendredi, laissant à regret sous la neige un quartier fantôme qui incarnait à leurs yeux une amitié franco-allemande vécue au quotidien.

Sans autre forme de cérémonie, les clés du quartier De Lattre de Tassigny ont été remises au petit matin à un représentant de l'Etat fédéral allemand, tandis que des légionnaires venus de Toulouse embarquaient l'ultime mobilier du bâtiment administratif de l'ancien siège de l'état-major des Forces Françaises stationnées en Allemagne (FFA).

Les dernières chaises, bureaux et téléphones sont partis dans les camions bâchés de ces déménageurs en treillis, sous l'oeil nostalgique de l'adjudant-chef Pierre Jourdren.

Il est l'un des trente "rescapés" à avoir assisté à la dernière descente des couleurs jeudi avant la tombée de la nuit, symbolique avec, comme à l'habitude, les deux drapeaux français et allemand. Presque tous ses collègues ont repris le chemin de la France dès 7h30 du matin, mais lui avoue avoir du mal à plier bagages.

Ni le café, ni le schnaps, ni encore la lambada crachée à plein décibels par un magnétophone ne chassent son "amertume" et ses "interrogations".
"Nous partons du fait de la chute du mur de Berlin et de la fin de la conscription", constate-t-il résigné, mais "c'était une richesse pour nous d'être en Allemagne".

Depuis la fin du régime d'occupation en 1955, les Forces françaises en Allemagne étaient stationnées à titre d'alliées, alors il s'étonne: "on quitte l'Allemagne alors qu'on est en train de construire l'Europe".
Au-delà du contexte militaire qui permettait d'organiser des manoeuvres communes avec l'armée allemande ou des fastes du protocole avec ses bals somptueux donnés à la résidence du général, il regrette surtout "les échanges culturels".

Si les appelés repartaient pour la plupart en France lors des permission du week-end, les cadres de l'armée vivaient, eux, vraiment en Allemagne.
Avec ses rangées d'immeubles, son clocher, ses écoles, ses économats, sa paierie générale, le quartier militaire français était une véritable ville dans la ville, aujourd'hui déserte, et véritable casse-tête immobilier.
Un seul appartement a encore des rideaux aux fenêtres, celui de l'ex-lieutenant-colonel Didier de Combles de Nayves, qui a refusé de déménager.

"Pour nous, c'est le chômage", se plaint Pascal, un gardien de 34 ans. Alsacien, il est l'un des derniers civils employés sous contrat local allemand.
Les premiers contingents sont partis à l'été 1991, un an après l'annonce du retrait des FFA par François Mitterrand. Les troupes françaises représentaient alors plus de 90.000 personnes en comptant les 51.000 militaires, leurs familles et les appelés.

Sur le sol allemand, il ne reste plus qu'une seule unité, le 16ème groupe de chasseurs à Saarburg (Sarre), placé sous commandement français à Metz.

aperçu avant impressionAFP